Sekhmet – Déesse destructrice ou guérisseuse?

Elle a une tête de lionne coiffée du disque solaire et tient un sceptre ouadj, avec un papyrus à son extrémité. Sekhmet est l’une des figures les plus puissantes du panthéon égyptien et également l’une des plus mal comprises. On la range volontiers du côté de la destruction, de la guerre, des épidémies. Ce qui n’est pas faux, mais s’arrêter là, c’est manquer l’essentiel de cette déesse.

La déesse qui envoie la maladie et qui guérit

Dans les textes égyptiens, Sekhmet est à la fois celle qui envoie les épidémies et celle qui les arrête. Ses prêtres spécialisés, les Ouabou Sekhmet, les « purs de Sekhmet », étaient des médecins-prêtres. Pas des exorcistes, ni des magiciens du mal mais des thérapeutes, formés dans les Per Ankh, les Maisons de Vie, où théologie et médecine ne se séparaient pas.

Le Papyrus Ebers, l’un des plus importants textes médicaux égyptiens conservés, datant du Nouvel Empire, mentionne les Ouabou Sekhmet comme des praticiens compétents en diagnostic et en traitement. Leur patronne n’était pas choisie par hasard. Sekhmet maîtrise la maladie parce qu’elle en est la source et c’est précisément pour cela qu’elle peut en être le remède.

Cette logique est fondamentale pour les Égyptiens.

Le mythe de la destruction et de l’arrêt

Le texte le plus développé sur la puissance destructrice de Sekhmet est le Livre de la Vache Céleste, attesté notamment dans la tombe de Toutankhamon et celle de Séthi Ier. Le récit est le suivant.

Alors que Rê vieillit, les hommes se mettent à comploter contre lui. Il envoie Sekhmet pour les punir car elle est l’Œil de Rê, sa force exécutrice. Sekhmet descend sur l’humanité et commence à la massacrer, mais elle entre dans une fureur qui dépasse la mission et elle ne s’arrête plus. Elle boit le sang, puis elle dévaste tout.

Rê perd le contrôle de la déesse et lui qui ne voulait pas l’extermination totale mais une punition, doit maintenant ruser pour l’arrêter. Il fait teindre de la bière en rouge, couleur du sang. Sekhmet boit, s’enivre et s’endort. L’humanité est sauvée de justesse.

Ce qu’il faut noter c’est que Sekhmet ne désobéit pas puisqu’elle accomplit sa nature jusqu’à son terme. C’est Rê qui l’a mise en mouvement et c’est lui qui doit trouver comment la contenir. La déesse n’est pas mauvaise, elle est une force qui, sans cadre, dévaste tout ce qu’elle touche.

Son rapport avec Ptah

Sekhmet n’est pas seule car dans la triade memphite, elle est l’épouse de Ptah, le dieu artisan, dieu de la création par la parole et par le geste et dieu de la mesure et de l’équilibre.

Le couple Ptah-Sekhmet est une polarité complète. D’un côté la force brute, la chaleur solaire, la capacité de brûler et de détruire, et de l’autre la précision, la forme, la maîtrise du matériau. Ensemble, ils couvrent l’intégralité du soin entre la puissance qui attaque le mal et l’intelligence qui construit la guérison.

Cette polarité est intégrée dans la pratique médicale égyptienne. Un Ouab Sekhmet n’invoque pas seulement la force de la déesse. Il convoque aussi la précision du diagnostic, l’exactitude du geste et la rigueur de la formule, finalement tout ce qui relève de Ptah.

Pourquoi la destruction précède la guérison

Il y a quelque chose dans la théologie égyptienne que l’image de Sekhmet illustre mieux que n’importe quel discours car certaines guérisons ne peuvent pas commencer sans destruction.

La maladie, dans la pensée médicale égyptienne telle qu’on peut la lire dans le Papyrus Ebers et le Papyrus Edwin Smith, est une obstruction, un désordre, quelque chose qui s’est installé là où cela ne devrait pas être. La guérison n’est pas d’abord une construction, mais une élimination. Sekhmet brûle, dissout, disperse ce qui fait obstacle.

Ce n’est qu’après, que la reconstruction devient possible.

Cette suite de destruction, puis de renaissance est la même que celle d’Osiris. Elle traverse toute la pensée égyptienne. Sekhmet en est l’expression la plus directe et la plus intense car avec elle, il n’y a pas de douceur ici, pas de métaphore édulcorée. La force qui guérit est la même que celle qui blesse.

Qu’en est-il pour votre pratique aujourd’hui

Les textes nous décrivent une déesse de feu, maîtresse des épidémies, patronne des médecins et épouse du créateur. Ce que nous en faisons dans une pratique contemporaine est notre propre démarche, mais il y a une réflexion dans cette image que peu de traditions transmettent aussi clairement. La force qui peut faire le plus grand mal est aussi celle qui peut faire le plus grand bien. On ne parle pas ici de morale, mais de maîtrise, de contexte et d’intention.

Sekhmet ne doit pas être crainte, elle demande à être comprise et approchée avec la précision et la subtilité que son époux Ptah lui associe.

La chapelle de Sekhmet à Karnak

Il existe à Karnak une chapelle consacrée à Sekhmet que la plupart des visiteurs ne voient jamais. Elle est petite, sombre et écartée des circuits habituels. À l’intérieur se dresse une statue de la déesse debout en granit noir, tenant son sceptre, coiffée du disque solaire. Cette statue date du Nouvel Empire et son état de conservation est remarquable.

Ce n’est pas un lieu qu’on visite entre deux groupes de touristes. L’accès y est restreint et doit être organisé en amont, avec les autorisations nécessaires. Ce n’est pas insurmontable mais ça ne s’improvise pas.

L’expérience de cette chapelle en visite privée, dans le silence, est une des plus intenses. C’est une présence dense, où la qualité particulière des énergies de cet espace consacré pour une déesse si puissante, devient soudain très palpable.

Si vous souhaitez organiser ce type de visite, écrivez-moi directement via la page Contact. C’est quelque chose que je propose dans le cadre des voyages sur mesure que je construis actuellement.

Pour aller plus loin

Sekhmet, ses prêtres guérisseurs, la relation entre destruction et soin dans la médecine égyptienne, c’est un des territoires que nous explorons dans la formation. Si vous voulez un premier aperçu, la conférence gratuite est le bon point d’entrée.

La prochaine date est dans l’onglet Évènement.

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