Que s’est-il passé entre Isis, Osiris, Nephtys et Seth ?

Meurtre, démembrement, deuil, reconstitution et renaissance. Le mythe osirien est l’un des plus anciens récits que l’humanité ait produits et pourtant il décrit quelque chose que vous avez probablement vécu ou que vous vivez en ce moment.

Un mythe sans texte unique

Première chose à savoir, et elle est importante, il n’existe pas de version canonique et complète du mythe osirien dans les sources égyptiennes anciennes car les Égyptiens n’ont jamais rédigé une grande épopée narrative racontant l’histoire d’Osiris du début à la fin.

Ce que nous avons, ce sont des fragments. Des allusions dans les Textes des Pyramides qui sont les plus anciens textes religieux connus, gravés dans les chambres funéraires à partir de la Ve dynastie, vers 2350 avant notre ère. Des développements dans les Textes des Sarcophages et le Livre des Morts. Des scènes gravées sur les murs des temples.

La version la plus narrative et la plus complète que nous possédions est celle de Plutarque, dans son traité « Sur Isis et Osiris », écrit au Ier siècle de notre ère. C’est un auteur grec tardif, qui reconstitue à partir de sources dont il ne maîtrise pas toujours la langue. C’est utile mais à lire précaution.

Ce que vous lisez ici est donc une synthèse honnête sur ses limites et fidèle aux sources les plus anciennes dans son esprit.

Ce qui se passe et ce qu’on oublie de dire

Osiris règne sur l’Égypte. Son frère Seth, jaloux ou assoiffé de pouvoir selon les versions, l’assassine. Dans certains textes il le noie dans le Nil, dans d’autres il l’enferme dans un coffre. Puis il démembre le corps et en disperse les morceaux à travers le pays.

Mais il y a un avant, que l’on mentionne rarement.

Nephtys, sœur d’Isis et épouse de Seth, s’est unie à Osiris. Une infidélité, selon certaines versions du mythe. Le Papyrus Jumilhac rapporte qu’elle se serait déguisée en Isis pour approcher Osiris. Les origines d’Anubis varient aussi selon les textes car il serait en effet le fils d’Osiris et Nephtys dans certaines traditions, fils de Rê dans d’autres. Dans les versions qui font de Nephtys sa mère, elle abandonne l’enfant par crainte de Seth et c’est Isis qui le retrouve et l’élève. Nous n’avons pas de source directe pour affirmer que cette version est dominante, c’est l’une des possibilités du mythe, parmi d’autres.

Ce détail change néanmoins beaucoup de choses car il fait d’Isis non seulement l’épouse fidèle et la magicienne, mais aussi celle qui répare ce que la trahison a brisé, y compris en accueillant un enfant né d’une faute commise envers elle. Et il inscrit Seth dans une logique plus complexe que la simple jalousie car il y a peut-être, à l’origine du meurtre d’Osiris, une blessure plus intime.

La quête et ceux qui l’accompagnent

Après le meurtre, Isis se lance dans une quête. Elle retrouve les fragments du corps de son mari, les rassemble, les momifie avec l’aide d’Anubis, cet enfant qu’elle a élevé. Grâce à ses pouvoirs magiques, elle ranime le corps suffisamment longtemps pour concevoir son fils Horus.

Nephtys, dans ce récit, n’est pas absente. Elle accompagne Isis dans la quête du corps d’Osiris, elle est l’une des pleureuses qui veillent le mort. Gardienne des seuils et des transitions, elle préside aux passages que personne d’autre ne veut tenir. La trahison ne l’efface pas du récit, elle l’inscrit dans une autre fonction, tout aussi nécessaire.

Osiris, lui, ne revient pas à la vie comme avant. Il devient le souverain du monde des morts, le dieu de la renaissance et de la fécondité. Son fils Horus grandira, affrontera Seth, et finira par lui succéder comme roi des vivants.

Ce que ce mythe n’est pas

Ce n’est pas une histoire du bien contre le mal.

Seth n’est pas un démon car dans d’autres parties de la mythologie égyptienne, il est le protecteur de la barque solaire de Rê contre le serpent Apophis, la force du chaos qu’il faut combattre chaque nuit pour que le soleil se lève. Seth est nécessaire car il est la force brute, l’excès, ce qui déborde et déstabilise mais aussi ce qui pousse à l’évolution.

La réconciliation finale entre Horus et Seth, attestée dans plusieurs textes, est significative car les deux finissent par être reconnus comme complémentaires, gouvernant ensemble les Deux Terres. L’ordre ne triomphe pas en éliminant le chaos, il l’intègre.

C’est le genre de détail que la pensée égyptienne intègre et utilise pleinement et que nous avons tendance à oublier quand nous lisons ce mythe avec notre approche moderne.

Pourquoi ça résonne

Le mythe osirien décrit une séquence que l’on retrouve dans toute transformation profonde, quand quelque chose est détruit, dispersé et apparemment perdu. Puis vient la quête qui est souvent longue, douloureuse et incertaine, puis enfin la reconstitution qui ne redonne pas l’original, mais quelque chose de différent, de plus accompli.

Il ne faut pas le voir comme une simple lecture psychologique plaquée sur un texte ancien. C’est une structure que les Égyptiens utilisaient explicitement pour donner sens à leurs propres expériences de perte et de reconstruction. Les rites funéraires par ailleurs s’en inspirent directement et les rituels agricoles puisque Osiris est aussi le dieu de la végétation car son corps démembré dans la terre est ce qui fait germer le grain.

Ce que nous en faisons aujourd’hui comme y voir une carte pour traverser le deuil, la rupture et l’effondrement d’une identité est notre propre lecture. Elle n’est pas dans les textes en ces termes, mais elle s’appuie sur quelque chose de réel concernant les Égyptiens qui avaient compris que certaines formes de mort sont nécessaires à certaines formes de renaissance.

Isis, figure centrale

Dans tout ce récit, Isis est la force active. C’est elle qui cherche, qui rassemble, qui ranime, qui élève même l’enfant de la femme qui l’a trahie. Son nom en égyptien ancien est Aset « le trône ». Elle est la puissance qui stabilise la royauté, qui maintient la continuité là où tout a été brisé.

Elle est aussi la grande magicienne. Le Papyrus magique de Turin raconte comment elle dérobe le nom secret de Rê lui-même pour protéger son fils Horus, car dans la mythologie égyptienne, connaître le vrai nom d’un être, c’est détenir un pouvoir sur lui et Isis est celle qui sait.

Ce n’est pas un personnage secondaire dans une histoire d’hommes, c’est très clairement la force sans laquelle rien ne se reconstitue.

Pour aller plus loin

Le mythe osirien est l’un des sujets de mes conférences, pas comme récit à admirer, mais comme structure à reconnaître dans sa propre vie.

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