Vous avez peut-être remarqué ce phénomène troublant : plus vous avancez sur votre chemin spirituel, plus vous vous éloignez de la personne que vous pensiez être. Cette métamorphose, bien qu’attendue, peut être profondément déstabilisante.
Qui sommes-nous vraiment lorsque nous abandonnons les masques et les conditionnements ?
Cette question résonne en chacun de nous qui empruntons le sentier de l’éveil. Elle touche à notre peur la plus fondamentale : celle de perdre notre identité, de nous dissoudre complètement. Paradoxalement, c’est souvent cette dissolution qui est recherchée dans les traditions spirituelles, mais la vivre concrètement est une toute autre affaire.
Je me souviens de cette période où j’avais moi-même perdu mon identité. Quand je me regardais dans le miroir, je n’étais pas capable de mettre un nom ou une fonction sur la personne que je voyais. C’était tellement déstabilisant que cela affectait aussi mon rapport avec les autres.
Qui étais-je en train de devenir? Qui abandonnerais-je en cours de route? Et surtout, qui j’allais devenir?
Cette peur est légitime. Elle témoigne de notre attachement à la cohérence de notre histoire personnelle. Notre identité a été notre refuge, notre repère, notre point d’ancrage dans la tempête. L’abandonner revient à naviguer sans boussole en eaux profondes.
Pourtant, ce que j’ai découvert au fil de cette traversée, c’est que la véritable transformation n’est pas un effacement, mais une révélation.
Ce que nous perdons dans l’éveil, ce ne sont pas nos qualités essentielles, mais les limitations qui les emprisonnaient.
Votre sensibilité ne disparaît pas, elle s’élargit.
Votre intuition ne s’efface pas, elle s’affine.
Votre essence ne s’évanouit pas, elle s’exprime enfin pleinement.
Acceptez que la transformation soit inconfortable. Le papillon en formation dans sa chrysalide traverse une phase où il n’est plus chenille mais pas encore papillon, une soupe cellulaire indifférenciée. Cette phase est nécessaire à sa métamorphose. Votre confusion identitaire est semblable : un passage, non une destination.
Ensuite, distinguez l’essentiel du superficiel. Certains aspects de vous sont des constructions sociales, d’autres sont l’expression de votre nature profonde. Laissez tomber les premiers, chérissez les seconds. Votre rire particulier, votre compassion instinctive, votre créativité naturelle vous accompagneront, magnifiés par l’éveil.
Troisièmement, documentez votre voyage. Tenez un journal où vous notez les changements que vous observez, sans jugement. Cette pratique vous permettra de voir la cohérence dans ce qui pourrait sembler chaotique, la direction dans ce qui paraît erratique.
Enfin, entourez-vous de personnes qui comprennent ce processus. Elles seront vos miroirs bienveillants, capables de vous rappeler votre beauté même quand vous ne la voyez plus.
Souvenez-vous : ce qui meurt en vous n’est pas votre être authentique, mais vos limitations.
Cette peur de perdre votre identité est universelle chez les praticiens de l’ésotérisme et les chercheurs spirituels. Mais ce que vous découvrirez de l’autre côté de cette peur est infiniment plus précieux : votre essence libérée, votre lumière sans ombre, votre vérité sans voile.
La transformation spirituelle n’est pas une mort, mais une naissance.
Et comme toute naissance, elle s’accompagne de douleur, de confusion et d’émerveillement. Traversez-la en conscience, les yeux grands ouverts, sachant que ce que vous devenez est ce que vous avez toujours été, au-delà des masques et des identifications.
N’ayez pas peur de ce nouveau vous qui émerge des cendres de l’ancien.
Il est plus authentique, plus vaste, plus lumineux.
Il est, enfin, véritablement vous.